| |
|
|
|
|
| |
|
|
|
|
| |
|
| |
|
|
| |
|
|
Puisque nous nous sommes levés tôt pour retourner à la pauvreté qui touche les mots,
sans même porter un regard sur la pauvreté,
nous n’avons pas vu, ce matin-là,
que l’ombre fleurie des arbres s’agitait au milieu d’une forêt morte.
Puisque nos bras sont restés raides et froids le long de nos corps,
puisqu’ils se sont retirés de la Création,
puisqu’ils n’ont pas su se faire lois vivantes,
ils n’ont jamais atteint le mouvement de la vague
et la vague est venue mourir dans cela même que nous n’avons pas su atteindre d’elle.
(...Ce que nous ne vivons que pour nous-mêmes
n’est pas le monde !)
Inlassablement, la vague s’avance :
elle vient repousser la fréquence de nos conclusions devant la terre inachevée ;
puis de nouveau, elle se retire,
la voici devenue vulnérable en l’homme. |
| |
|
| |
|
| |
Appel muet,
appel depuis la plénitude du monde de la vie, où la vie même
est menacée dans son intégrité. |
| |
| |
Nous avons pris les cendres de ce qui est mort
afin d’en recouvrir les bûchers où remontent les sèves
et les sèves sont tombées en poussière à l’intérieur des arbres.
Vois !
la causalité, c’est toujours l’esprit sans la terre...
Est-ce cela notre choix de langage ?
Vois !
Les fruits sont livides dans nos bouches
Nos bras effacent de leur mémoire le ciel qui leur est joint
Paresse des porteurs ! ils se retirent des actes qu’ils ont prononcés
Qui pourra payer le prix ?
Quel nom donnerons-nous à ce siècle où,
lorsque nous nous parlerons,
nous n’oserons plus nous regarder dans les yeux ?
Nous ne voulons pas savoir que nous avons une incidence sur les choses,
que nous sommes un destin dans les choses.
Pourtant, nous sommes marqués par la Création.
Il y a quelque chose que nous ne pouvons oublier,
mais dont nous avons perdu le souvenir – c’est cela,
être marqué.
Si nous ne soulevons pas le voile, la liberté ne nous sert à rien...
Qu’ai-je porté avec ma vie jusqu’au sens du toucher,
pour pouvoir reconnaître ce qui est vivant de ce qui est mort ?
Comment discerner le grain de blé du grain de seigle
dans les cendres du toucher ?
Comment s’appelle l’homme qui naît ?
et comment s’appelle le même homme quand il meurt ?
Je m’adresse à la jonction présente entre le siècle qui commence
et celui qui finit.
Je m’adresse à ce qui a eu lieu
le long des barbelés de la connaissance et des territoires de l’humain ;
et j’apporte avec moi ces mots d’un autre,
afin qu’ils s’impriment encore une fois dans le sel du langage :
"...Il nous faudra aussi - dit-il -
écrire l’histoire spirituelle de la haine de l’esprit..." 1
Voilà la tâche. Elle nous attend, avec le regard fixe
et les lèvres serrées.
Combien de jours et de nuits avons-nous tus, pour continuer ensuite,
comme si ces jours et ces nuits n’avaient jamais eu lieu ?
comme si notre corps ne les avait jamais sentis ployer au-dessus de lui dans son sommeil ?
Comment avons-nous fait cela, aussi facilement,
nous qui ne savons pas ce qu’il y a à faire, dans ce silence du silence
qui habite nos gestes et nos paroles ?
Je m’adresse à tout ce qui est venu tuer en moi l’imagination.
Je m’adresse à tout ce qui est venu tuer en moi le sentiment vivant du temps... |
| |
|
| |
|
| |
Nous ne voulons pas savoir que nous avons une incidence sur les choses
que nous sommes un destin dans les choses
Nos bras effacent de leur mémoire le ciel qui leur est joint.
Eau, feu et cendres...
un goût de terre dans la bouche. |
| |
|
|
| |
|
|
Toi, avec la gorge sèche,
tu n’arpentes aucun des mots de ta chute,
ces mots qui ont inscrit en toi la différence d’avec toi-même.
Tu as voulu posséder ton moi,
sans attache,
sans lien à la spirale ouverte dans la matérialité de la vie,
sans lien à la pluie qui rend ton visage concret dans le paysage qui s’organise autour d’un ciel.
Tu ne connais rien de la passion où meurent les distances
Tu ne te rappelles pas de la terre changée à l’intérieur des saisons
Tu as voulu déduire ce qui est là maintenant,
de ce qui était là avant,
sans que toi-même tu n’aies à traverser.
Vois !
la causalité, c’est toujours l’esprit sans la terre... |
|
| |
|
|
| |
|
|
| |
Nous avons pris les cendres de ce qui est mort
afin d’en recouvrir les bûchers où remontent les sèves
et les sèves sont tombées en poussière à l’intérieur des arbres. |
| |
|
|
| |
|
|
J’entre dans un jour glacial
et je ne suis pas prête pour les mots qui attendent...
Comment faire tomber le silence qui entoure ma prière
afin que mon ghetto spirituel cède
devant la vie de la Nature ?
Comment revenir aux détails où s’accumulent les prémices du jour qui vient ? |
|
| |
|
|
| |
|
|
| |
Si nous ne soulevons pas le voile, la liberté ne nous sert à rien. |
| |
|
|
| |
|
|
Vois !
Il y a la graine déposée dans la terre
et la terre qui se fait humide pour que la vie se sache vivante
et perce sa propre image.
Vois !
À un moment donné, il faut que le vide se brise...
Les arbres entre eux dessinent un mot : l’aménité,
c’est la limite que la Nature donne d’elle-même,
c’est la limite où elle se donne...
Recevoir quelque chose du monde, que dans les limites de notre moi
nous n’aurions pas pu nous donner à nous-mêmes ;
c’est cela, vivre des jours terrestres. |
|
| |
|
|
| |
|
|
| |
Je m’adresse aux défunts et aux enfants morts dans les bras du siècle passé. |
| |
|
|
| |
|
|
Ce jour, le corps prend sur lui les mots répandus dans l’absence des noms...
Le corps prend sur lui,
et ce sont des gestes, des maladies, des guérisons, où les frontières s’enseignent entre elles.
Sentir le froid qui nous pénètre
Sentir la fièvre
Sentir le frottement du monde jusqu’à l’intérieur de nous-mêmes,
et puis expirer le souffle,
expirer la terre,
expirer les pensées...
Avoir un corps, c’est qu’à chaque instant le choix est de nouveau possible -
c’est la possibilité d’avoir le choix.
Si tout était hasard, je ne serais jamais née !
Reconnaître un monde en face pour tenir une parole...
L’acte de nommer : notre seule mémoire –
mais les mots que nous prononçons ne se renouvellent pas,
alors il faut témoigner à nouveau.
Témoigner,
c’est quand la vie passe dans le langage |
|
| |
|
|
| |
|
|
| |
...Vérités et paroles mêlées, à cette heure,
mais en ce sens où les vérités sont tributaires des paroles |
| |
|
|
| |
|
|
Il n’y a pas de chemin à montrer.
Nous sommes arrivés à un bord –
la nuit se prolonge sans pilier et sans route.
La mesure est dans le monde. |
|
| |
|
|
| |
|
|
| FRAGMENTS BIOGRAPHIQUES SUR CE SIECLE. Natanaële Chatelain. 2001 - 2002. |
| |
|
|
| |
|
|
| |
|
|
|
|
|
| |
|
|
|
|
| |
|
|
|
|
|