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Aujourd’hui, la Mort n’est pas seulement sous nos yeux, mais aussi sur nos yeux.
- Sur nos yeux, comme autant de lieux à côté desquels nous sommes passés, nous passons. Passant à côté de cette attention que nous ne voulons pas tenir, tant elle peut déranger notre façon de voir, d’entendre, de sentir, d’agir, d’aimer aussi. Tant elle peut déranger nos habitudes... dans notre façon de voir, d’entendre, de sentir, d’agir et d’aimer.
Ce regard que nous ne portons pas et sur lequel nous laissons tomber nos paupières pour ne pas regarder en face tout ce à quoi nous ne participons pas !
- Sur notre voix aussi, la mort. Sur la façon que nous avons de décrire les mots sans plus jamais les vivre, sans plus jamais se dire d’eux, ni les porter comme nos actes.
Nous sommes passés derrière nos pas, derrière nos vies, derrière nos bouches et nos paupières. Nous nous sommes retranchés dans ce que l’homme moderne appelle avec une singulière fierté "cette intimité qui lui est particulière".
Sans doute pouvons-nous fermer les yeux ; mais arrêter de respirer...
Là où nous ne sommes pas, là où nous n’avons pas été témoins, la vie – qui, elle, ne faisant pas partie de nos rêves – s’infiltre déjà !
L’odeur touche le visible. Au bord de l’évanouissement, à bout de souffle, un monde qu’un voile rouge affleure, se consume à l’intérieur du rêve que nous portons en nous, à l’intérieur de ce rêve qui fait partie de nous.
- Sur notre poitrine... là, juste là, quand nous baissons légèrement la tête pour fuir d’un regard notre jeunesse, notre vieillesse, nous voyons tous ces lieux que nous refusons, ces lieux nés de regards posés, nés de la voix et de l’écoute... nous les voyons occultés par un présent sans regard et sans voix.
Temps de la jouissance où, poussés par notre désir de posséder notre désir, notre conscience est à la fois absente du regard et absence de regard : permanence de l’oubli.
Là, sous notre regard, ce ventre vide et pourtant gonflé de tout ce que nous avons engendré, de tout ce dont nous nous sommes retirés dans nos paroles, dans nos vies. Ce ventre vide et pourtant gonflé, qui toujours vient repousser notre extériorité, loin, plus loin, sur un fumier qui n’a d’odeur que la nôtre, mais que nous ne sentons pas, parce qu’elle est déjà trop nous-mêmes.
Et quand d’un corps nonchalant, l’âme endormie par les drogues, pas à pas, laisse traîner derrière elle son passé...
Et quand les bras se balancent comme deux cordes au bout d’une potence où le temps, en suspens, n’a plus d’autre mouvement que celui décrit par les aiguilles d’une montre...
Et quand la tête, dans un ultime effort, voit qu’elle ne parvient plus à se redresser au sein de la verticalité – verticalité que la pensée a amputé au corps qui la porte...
Là même, deux mains, (absentes de toute histoire !) sont montrées à l’audience – d’une façon un peu différente à celle que pourrait avoir un enfant lorsqu’il montre ses mains à ses parents avant de se mettre à table. Dans la salle d’audience, le public tremblotant se recueille.
Un long silence et puis, applaudissements ! |
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