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Premiers jours de mai,
Je ne perçois plus le poids d’entre-aide entre la branche
et les naissances du ciel.
L’abstraction a dissocié la couleur d’avec le monde ;
Tout s’est rejoint en corps d’inimitié.
Le toucher n’atteint plus l’image des choses en nous.
Premiers jours de mai,
Il y a une perte de matière dans la répercussion du son des cloches.
Le son des cloches
pris dans le déséquilibre des choses de notre époque, avec
l’heure de midi infiniment répétée –
autour de quel Soleil ?
Cercle !
D’heure en heure pivote le temps :
L’aiguille de l’horloge, couchée sur l’espace de nos écritures.
Premiers jours de mai
Nous avons perdu l’attention !
Non pas l’image achevée,
mais la formation de l’image ;
non pas le silence des choses sur la photographie du souvenir,
mais la naissance et la mort de chaque mot au milieu d’elles... pour pouvoir dire : |
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La métamorphose de la terre, de plein fouet sur la lumière ;
l’incendie porté devant les yeux !
L’incendie, afin de rebattre les chiffres jusqu’à la Création
Rebattre les chiffres –
et les voilà, alignements de pierres !
Coucher et lever de Soleil de la pierre en mouvement.
Toucher terre n’a jamais été se défaire de son chant ! |
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L’aube.
Dans l’alignement de nos gestes et de nos pensées,
mes genoux ont rejoint le tremblement des formes à l’horizon,
lorsque le tremblement
est une précision ! |
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Là où mon corps, lui, est resté vague
mes genoux se sont mis à trembler
– Point d’appui dans le réel. Précision d’un réel –
Ils sont le jugement que nous avons désappris...
Non pas la sentence proférée, mais l’avancée dans les choses.
Derniers jours de mai,
l’anxiété d’une nature à la surface de nos gestes.
Nous ne croyons plus qu’à une seule dimension de la réalité. |
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(L’infini penché sur quelle moitié de nos visages ?
Nous sommes tellement privés dans nos vies...
« Vies privées » !) |
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Derniers jours de mai,
le monde avait besoin de la couleur pour être du temps !
Nos actes ont annulé le bleu en eux
et nous avons perdu l’écho du monde.
La concentration ne tient plus la durée
Langue morte.
J’ai parcouru les rues, et du labyrinthe
je n’ai trouvé que l’impasse :
une seule possibilité du passé jusqu’à nous,
une seule possibilité du vivant à son histoire,
la promesse non tenue de l’homme à une nature
Quel infini nommons-nous, si de l’infini
nos mots sont absents ?
J’ai cherché le nom du pouvoir
et j’ai vu qu’il n’était plus dans ce qui impose le silence,
mais dans cela qui nous contraint à nous répéter. |
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Toujours les mêmes mots
dans les dessins de la lettre effacée...
Effacé, le tympan,
l’obstacle qui permettait l’imagination de la lettre en nous !
Effacé, l’obstacle ! (Ne t’attarde pas à ce spectacle.) |
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Derniers jours de mai...
La vue,
c’était suspendre le pouvoir dans la forme humaine ;
aujourd’hui,
la vue est une image du pouvoir.
Nous avons perdu l’extériorité de nos phrases,
nous n’avons plus qu’une lecture intérieure des choses,
pour quelle suffisance affichée sur les signes de notre histoire ?
Derniers jours de mai –
Le pouvoir tendu sur notre désir de lumière,
L’espace tendu jusqu’à l’uniformité du mouvement,
Nous ne nous parlons plus qu’à nous-mêmes –
La parole retirée aux choses :
elles ne sont plus nées !
Midi.
Le mot « paix » revendiqué dans la graine stérile –
et la figure animale sur les bas-côtés de nos consciences...
Nous sommes tous mortels de cette façon !
L’événementiel a recouvert l’événement.
À présent, d’où est-ce que je parle ?
Et quand les mots sont-ils une mémoire ?
Quand sont-ils un doute ?
La parole du poème, peut-elle répondre ?
Peut-elle être à son tour la réponse juste, dans les tournants
des chemins faux ?
Devant moi, les bouleaux, ces profils de neige...
et la couleur blanche s’est enfoncée dans mes yeux.
Avec elle, j’ai cherché les mots effacés,
les noms absents,
et j’ai trouvé une image de la terre,
et j’ai trouvé l’écho des pas, laissés dans la couleur blanche,
et j’ai cultivé les traces de pas dans la neige...
J’ai cherché l’endroit du passé
et j’ai trouvé,
non pas un lieu de débats,
mais un lieu de correspondances –
seuil géométrique reconduit sur combien de siècles ?
pour combien de destinations
à l’intérieur desquelles la largeur des rails ne varie pas ?
Il fait nuit.
Les parallèles, reportées plusieurs fois sur l’horizon...
sans jamais s’atteindre.
Le cri du train de la déportation sur les rails. |
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MAI, LA OU NOS REGARDS SONT RESTES ABSENTS DANS CE QU'ILS VOYAIENT. Natanaële Chatelain. 1998 - 1999. |
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