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Et ces hommes, ces femmes qui vivent à nos côtés, ou bien ce buste, là-bas. Qu’est-il, lui, tortueux, souffrant, difforme, tendu, déchiré ? Est-il de bronze ou en simili bronze ? En quoi nous dérange-t-il, lui, qui nous parle mais qui ne parle pas !?
En quoi le monde autour de nous nous dérange-t-il dès lors que chaque chose qui s’y produit est susceptible de devenir un divertissement ?
Nous ne vivons chacun que pour nous-mêmes. Et la logique de la société actuelle repose là-dessus, se constitue là-dessus.
Il y a toutes les significations que nous avons mises autour de l’amour : le ressentir apprivoisé de notre vie intime, celui que l’on ne peut pas formuler avec des mots (et non pas le ressentir vécu qui, lui, peut toujours être exprimé) ; la jouissance personnelle ; l’accomplissement de soi dans le bonheur ; l’oubli de l’autre (cet autre qui toujours me replace à l’endroit de ma dépossession face à la vérité) ; et la justification... en ce sens qu’il n’y a plus, comme seule et unique référence, que le monde de la possession.
Quel sens redonner à l’amour à travers nos pensées et nos actes les plus quotidiens, sans quitter des yeux, pour ce faire, les désastres de notre façon de vivre aujourd’hui ?
La Nature est un seuil d’apprentissage qui jamais ne nous spécialise.
Ce seuil ne peut se vivre que dans la rencontre avec l’autre – la question de l’amour s’y inscrit.
Il y a dans l’amour conscient d’être vécu, la parole d’un maître de l’écoute qui ne nous oblige pas. Tendre vers cette parole, c’est tendre vers la dépossession. Faire don de tout ce que l’on est ne veut pas dire ici, ne plus être, mais être de tout ce que l’on a donné, c’est-à-dire de tout ce que l’on a pris en charge...
Des choses ont déjà eu lieu et sont en train d’avoir lieu.
- Quels liens maintenus, soutenus avec l’Univers ?
- Quelle possibilité d’un dialogue de nous à l’autre, entre nous et l’autre ?
- Quels liens maintenus entre les vivants et les morts ? À quoi nous préparons-nous ?
- Quelle immanence, présente dans notre façon de vivre une question et de la porter jusqu’à sa possibilité d’être ?
Dans son existence et sa possibilité d’existence, le monde ne répond pas pour nous. Il répond de nous.
Nous sommes face à l’accomplissement d’une loi présente dans l’Univers. Cette loi n’y est pas inscrite en tant qu’ordre des événements mais en tant qu’avènement de la présence de l’amour dans le monde.
Dans la rencontre avec l’autre, cette présence de l’amour doit être par nous inscrite comme la conscience de la présence du monde entre nous.
Et nous avons la liberté de ne pas répondre !...
Cette dépendance (entre l’homme et la question qui lui est posée au sein de la Création) s’inscrit comme conscience dans l’existence même du monde.
Présence d’un face à face… Présence qui dans la réalité du monde, hors de nos représentations, nous fait face… Penser à partir de ce qui est.
Le monde n’est pas hors de l’homme. La vie n’est pas un champs expérimental ! Ce qui nous est confié, nous avons à le porter en gestation, à lui donner vie, notre vie.
Trop souvent nous tournons le dos, et nous appelons cela avoir une autre route, ne pas être en accord, avoir des opinions différentes, avoir un vécu différent, et finalement nous n’avons rien. Rien que le temps, et le temps passe inévitablement. Il ne nous attend pas. Et nous voilà un beau jour, tels des encyclopédies ambulantes, (petites où grandes – cela a peu d’importance) face à une histoire que nous avons omis de vivre.
Chacun de nous a une part de la vérité, mais une part non réductible à une opinion, non réductible à un argument par lequel on va vaincre. Ces moments sont des absolus dans la pensée, comme un mot, incomplet et entier... comme un arbre sur la terre, reposant sur tous les arbres qu’il contient et qui en eux le contiennent avant de monter vers le ciel et devenir peut-être, une part de l’histoire, de l’homme et de la terre, pour qui sait encore faire face à l’horizon.
Nous-mêmes sommes une partie de la question… Pour aller où ? Pour aller vers
quoi ? Pour faire quoi ? Pour dire quoi aujourd’hui ?
Un mot dépend de tous, et tous en dépendent.
Les mots… Ils sont une partie de la question, l’agir en est une autre. La vie ne se résume pas à la compréhension d’une définition. Il y a aussi ce que nous faisons des mots… le sens que nous leur donnons. Ce n’est pas la parole qui est insuffisante pour dire, décrire, c’est la connaissance de soi si elle ne devient pas lecture d’une histoire qui nous situe, si elle reste observation de soi. Nous avons besoin de l’histoire. Mais, sans doute faut-il veiller à ne pas tomber dans « l’esprit informaticien » de notre époque matérialiste, où la mémoire est réduite à une banque de données à l’intérieur de laquelle, s’il est encore permis d’écrire, ce n’est plus que pour organiser ou réorganiser notre liberté. Laquelle ?!
Aujourd’hui, cette histoire ne peut se lire sans tenir compte de tous les ismes que nous avons engendrés. C’est une histoire au sein de laquelle les responsabilités, les directions choisies et représentées par chaque individualité, fusionnent dans un cours commun, au sein duquel l’individualité en tant que telle ne représente plus une part de la vérité, mais une voix de plus prise dans un monde de banalisation, d’instrumentalisation, de vulgarisation, de standardisation. Le sens devient interactif, l’histoire observatrice, l’information… neutre. Les mots sont dispersés comme des exilés que nous regardons survivre en prenant place dans le cortège qui les mène vers l’intégration. Au loin, très loin, des « mots » sont rassemblés pour fabriquer du sens.
Silence des mots sur les écrans, écrans de mots sur la mémoire.
Silence du temps sur les écrans, écrans de silence sur les mémoires.
Plus de signe pour le dire, pour l’écrire, juste une croix pour dire oui ou non comme jadis les illettrés signaient leur nom.
Qui est responsable ? Qui se sent responsable de ce qui arrive du monde et de nous-mêmes aujourd’hui ?
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