La double ignominie du savant et du familier (1)
Plâtre patiné. 68x50x65 cm
Année 2006
 
     
     
   
     
     
 
       
 
     
     
 

(1) Note d’accompagnement pour cette sculpture : «J’éprouve un profond respect pour l’érudition dans toutes ses modalités les plus diverses, mais j’ai dû parcourir d’autres chemins, au long desquels il nous a été permis de contempler, sous tous les angles et dans toutes les postures imaginables, la nudité de l’empereur magnanime, et à notre sincérité de réfléchir, non pas sur la magnificence de ses vêtements inexistants, mais sur la beauté extrême de sa répugnante anatomie. Ah, quelle vie pleine et satisfaisante que la nôtre, la mienne et celle de tous ceux qui peinent et trébuchent dans le même vaste cercle ! La bonté triomphante, l'honnêteté intronisée, la justice appliquée, la paix assurée, la traîtrise proscrite, la liberté régnant en maîtresse, la langue enseignée, protégée, exaltée, le peuple digne, intelligent et rassasié. Une éternelle et exquise dispute synagogale pour la prédominance définitive de l'un ou l'autre des porcs dominateurs et un proche avenir universel lumineux de rongeurs déments et rageurs dans un élégant paysage lunaire ou de psittacidés déments et éloquents dans un monde plein à ras-bord. La conjonction riante et quelque autre considération préalable m'ont amené, par pure complaisance malveillante, cela va de soi, à la méditation constante et obsédante de la mort. »

 
  Salvador Espriu, Préface à son Oeuvre Poétique éditée à Barcelone (Éd. S. Alberti, 1963).