Ruines sur ruines,
cela a eu lieu aussi dans le langage.
Perdu le jour de l’attention :
l’âme et le corps tenus ensemble dans le ciel qui ploie sur l’horizon,
avec soudain,
l’orage qui éclate pour nous redresser dans la pluie !
Perdu le jour de l’attention :
la fleur
tournée dans la lumière pour l’attirer à soi en tant que couleur –
la couleur... dont elle a fait son ciel sensible.
Perdu l’instant fragile où ce qui en nous prend une direction
n’est pas ce que l’on abandonne ou ce que l’on rejette de notre lien à la terre,
mais ce que l’on maintient de lui.
On n’est jamais sauf tout seul, on n’est jamais sauf
sans s’être fait soi-même l’époux du monde...
Est-ce cela le langage de la fleur en nous ?
Le lien terrestre consommé dans l’actualité d’un ciel ?
Je cherche les mots qui manquent au milieu de l’histoire
pour écrire l’amour humain
Parce que là où nous n’avons pas les mots de notre époque
Parce que là où nous ne savons pas nommer les choses dans leur présence proportionnée
– où nous ne savons pas traduire en langues ! –
là aussi, nous nous trouvons devant une histoire qui perd son ange (1) ;
une histoire... pleine de bruit et de fureur...
...en souffrance d’une pentecôte qui s’est effondrée sur la ligne d’horizon.
Parce que je n’ai pas cru en une fatalité
qui déciderait pour nous des mots
et de leur origine en nous
Parce que j’ai cherché la genèse des jours qui se sont faits
oralité de la mémoire :
espace tissé de liens nouveaux ne s’inscrivant
ni dans les décrets du ciel
ni dans les encyclopédies du savoir.
Parce que j’ai cherché l’image de notre ciel sensible
pour l’opposer aux ensembles vides de notre époque :
- la terre sans le feu
- les mains absentes aux lignes qui les traversent
- les portes ouvertes que nous n’avons plus à ouvrir
- et la garantie du printemps qui revient chaque année.
J’ai vu !... ce n’est rien, mais c’est indéracinable.
Je peux y mettre ma main à couper.
Prédication à cet endroit sur ce que va ou peut être
ce qui est apparu ici en un éclair.
La lumière baisse à l’intérieur des feuilles des arbres,
mais nous les voyons toujours identiques
parce que notre vue est restée identique.
|