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Une telle exigence se concrétise dans le domaine de l’art... Une peinture, par exemple, demande toujours un certain recul. Elle demande cette vue d’ensemble où chaque partie s’inscrit comme métamorphose, échange, correspondance et lien, jusqu’à ce que l’œuvre soit finie c’est-à-dire, qu’elle soit dans la multitude de ses parties une unité : une partie du monde dans son devenir. Il ne s’agit pas ici d’inscrire dans les choses des souhaits ou des désirs personnels, mais de savoir venir écouter les choses dans le monde.
De même dans notre rapport à la Nature. C’est dans notre dialogue avec elle que nos questions prennent un sens, trouvent leur signification ; à condition cependant, que ce ne soit pas nos espoirs, nos ambitions, nos croyances qui se substituent au monde, mais qu’une réalité demeure telle, à l’extérieur de nous.
L’extériorité du monde... Le monde extérieur... C’est avec lui que l’on avance, non avec la façon dont on voudrait que les choses en lui s’inclinent, (en regard de ce « vouloir » en effet, aucun pas ne pourrait jamais être fait.)
Rencontrer en chaque chose, en chaque être, la courbe d’un chemin. Ici, non pas essayer de faire entrer cette courbe dans le paysage déjà tracé de nos représentations, mais agrandir notre façon de voir jusqu’à ce que cette courbe puisse s’y maintenir, puisse y vivre dans la parole qui lui est propre.
Sans doute y a t-il dans la vie cette difficulté semblable à celle que l’on peut rencontrer en
peinture : l’approche de la réalité. |
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Sans doute y a t-il ce moment où l’on cherche, (où l’on se cherche aussi), dans les tonalités d’ombre brûlée, d’ombre naturelle. Naviguant ainsi parmi les jours de l’histoire, avançant à tâtons telle une racine qui dans les ténèbres cherche un point d’eau.
La mémoire en peinture, pour quelle destination ? Pourra-t-elle, dans une charge d’histoire, se porter jusqu’à une possible métamorphose de notre façon de regarder la terre ?
Repérer ici les points d’effondrement, d’alerte, les pertes de parole et d’histoire, les pertes de sens ou du sens. Et ce qui vient en premier, c’est la perte du lien au monde qui nous entoure. Le monde absent, voilà ce que l’on rencontre.
La perte du lien à ce qui nous entoure, aux questions qui relèvent de notre époque (et pour lesquelles nous ne nous sommes pas donné une histoire, un langage), voilà ce qui affleure à travers les formes artistiques et au-delà.
Repérer ce qui ici cherche à se dire, tel sera mon souci.
Qu’approchons-nous de l’autre dans ce qu’on lit de lui sur son corps ?
Qu’approchons-nous de ce que nous faisons dans ce que nous disons ?
Qu’approchons-nous d’une œuvre ?
Non pas s’exposer, ni faire un étalage de nos états d’âme. Acquérir simplement le pressentiment de ce qui agit entre les choses : le mouvement qui les porte au mouvement.
Un peintre ne reproduit pas une pierre, un paysage, un arbre, le vent, l’eau, la terre, le feu, des animaux ou bien encore un corps, un visage. Il trace les chemins qui peuvent nous permettre de nous en approcher, voire de les rencontrer comme présence et comme singularité. Tous les arbres, tous les jours, tous les visages, ne se ressemblent pas ! Mais voilà, dès le moment où l’on fait du geste de peindre une abstraction et que lui-même tombe dans la facilité et l’absence de sérieux... dès le moment où l’on cesse de considérer une toile comme une parole qui tente de réfléchir le ciel de son époque, pour ne plus l’inscrire qu’à l’intérieur d’un espace où chacun peut venir lire ses propres états d’âme sans jamais rien rencontrer d’autre que cela, alors, il n’y a plus qu’une seule façon de voir – il n’y a plus que voir le monde relativement à son monde. Et c’est le monde lui-même qui se trouve alors vidé de son contenu...
Cette déréalisation du monde n’a pas seulement eu lieu en peinture, elle a atteint le langage, le monde lui-même. C’est ce monde vidé de son contenu que nous rencontrons aujourd’hui. Nous ne savons plus en faire l’expérience. Qu’est-ce qu’un monde où les expériences ne s’inscrivent plus ? |
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