Face à face, sans pitié, sans convivialité
Sans rien à quoi se rattacher ou s’attacher
Vivante.
Elle est là, incroyablement présente
Sans répit, sans repos aucun,
mais pas sans rythme.
Ouverte, sans pudeur, offerte –
transparente de matière.
Tantôt aimée, tantôt possédée
Violée dans ce que nous avons ignoré du monde en elle,
et dans ce que nous avons ignoré d’elle,
dans les couleurs, les corps, et l’horizon qui s’y réfléchissaient.
Entre le clair et l’obscur, avec le ciel et la terre,
une ligne était encore inscrite...
là où aujourd’hui nous faisons des saignées.

Face à face d’une incroyable violence
Elle est là, incroyablement présente
Secrète.

Peurs, angoisses, regrets ?
Est-ce le trait ou bien le jour qui sur la toile, hésitent ?
La mémoire en peinture – jusqu’où dans nos regards d’aujourd’hui ?

Oubli !
Absence au temps
Silence des sens.
Ruse, raison, murs aveugles (simulant une fresque),
restauration du passé
et des formes qui en lui avaient pris naissance.

Le Chaos ?
Le Néant ?
Ecoulement du silence jusqu’à ce que le silence s’atteigne –
dans quel monde ? et sur quels visages ?
Pour quelle transparence vider le sang de sa couleur ?
sachant, à cet instant, qu’aucune autre ne pourra y survivre...

Le corps porte la peinture en mémoire.
En elle, il vit le moment d’une parole –
que sommes-nous de ce qui ici prend forme, et sens, et jour ?
Quel regard posons-nous sur les choses ?

Ecrite, nuancée, contrastée,
elle porte en elle les âges de la vie.
Elle rend visible.
Face à face, elle est là, incroyablement présente
Infiniment ex-posée,
Et pourtant il semble qu’elle ne parlera plus.

 
     
  LA MEMOIRE EN PEINTURE. Yvan Chatelain.