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Ce qu’il reste à penser : La Chute – le poète est revenu les mains vides parce qu’il n’a rien voulu imaginer d’autre que ce qu’il a vu.
Huile sur toile. 100x65 cm
Cadre en Ebony.
Année 2008. |
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Poème d'accompagnement pour cette peinture . |
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| TOUT L’ESPACE DU DESTIN... |
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De nos sens,
la rose se détache en pétales.
Nous ne savons plus ce que disent les choses,
ni de quelle vie incarnée nous reflète la lumière
qui étincelle
sur les feuilles humides des saules après l’averse.
Tant de lumière, tant de solitude !
La lumière qui a besoin de notre témoignage...
Lumière du seuil la teneur du crépuscule en plein jour !
Qui est là pour penser dans cette lumière,
pour la peindre
en la faisant, en la vivant ?
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La poésie n’invente pas l’image,
elle est
...la déchirure qui fait voir dans les plis du mensonge,
elle est ...la fêlure où tisse la flamme,
nous rapprochant toujours plus
dans la chair du monde
de la conséquence de nos actes. |
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Tout l’espace du destin,
mais sans la force du souvenir,
le souvenir de la parole qui nous fut adressée ; de la parole
où les choses en les nommant nous enseignaient ;
de la parole... comme visage de notre action.
Nos allées et venues se sont détachées des saisons ;
nos sentiments n’habitent que la causalité.
Les rameaux sont à terre.
Je regarde dans l’eau salie l’espace qui se rétracte
La fission creuse dans l’éther de vie
Surmortalité animale...
Surmortalité végétale...
À chaque instant,
ce sont des pans entiers du monde qui s’effondrent !
La terre n’a plus la force de ses forces.
Cris
cloués dans le silence.
Paroles foudroyées qui remontent par les sens...
Le corps d’une perdrix s’est fracassé contre le mur :
l’oiseau est mort,
mais c’est dans nos vies qu’il est mort
c’est sur l’arête d’acier de notre cérébralité
que les langages de l’univers se brisent.
Les mots se défont dans nos mémoires.
Il y a tout l’espace du destin...
mais sans la force du souvenir,
le souvenir de la terre qui fut nos incarnations,
de la vie qui fut notre solitude,
de la parole qui fut nos transformations.
Du ciel
la rose se détache en pétales.
Et si c’était ta propre mort qu’il t’était demandé de traverser
dans chaque mort. |
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La poésie n’est pas la réparation,
mais les mots qui trouvent sur la roche millénaire
le reflet de l’impuissance. |
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On est déjà après,
après le temps qu’il nous restait !
La rencontre n’a pas eu lieu,
ou bien a-t-elle eu lieu dans l’infime de chaque rencontre
sans même que nous la reconnaissions ?
L’existence, un miroir où tout se reflète
mais où rien n’apparaît si on ne l’y a pas d’abord inscrit...
Je regarde dans l’eau salie l’espace qui se retire.
Noircissent les chemins qui n’ont pas été parcourus,
trouvés.
Noircissent le sensible, la vie des éléments,
les lents mûrissements de l’écrit.
Les voilà, aujourd’hui,
plantés dans l’incendie qui déjà touche en lui la cendre...
Noircissent les rameaux.
L’espace de la déportation infinie...
c’est tout le destin,
mais sans la force du souvenir !
l’arbre mort
la terre
qui a été suicidée,
là, le long du chemin où les méandres de l’abstraction
conduisent à l’extermination des langages.
l’air inerte dans nos respirations
notre siècle coupé de l’esprit,
notre siècle... de l’inculture !
les germes arrachés,
désenfantés de la plante...
le non-né... où nous avons pris le pouvoir !
Depuis que l’homme a introduit l’irréversible dans le monde
il n’y a rien dans le monde qui soit sans souffrance. |
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« Vous qui entrez ici, laissez toute espérance. »
Le poète a fait ce pas.
Ce qu’il a trouvé ?
Les eaux gelées où aucun ciel ne se reflète.
Le poète est revenu les mains vides...
...les mains vides
parce qu’il n’a rien voulu imaginer d’autre que ce qu’il voyait.
Il a rapporté ce qu’il a vu.
Il a rapporté un lieu : ce lieu
où l’on ne peut trouver aucun recours.
C’est à partir de là qu’il écrit.
Son écriture n’attend pas d’être sauvée.
Son écriture ne demande pas pardon pour cette nouvelle audace qui fut la sienne.
Pour cette lecture lente des choses.
Elle ne demande pas pardon pour ce qu’elle ramène ou pas,
pour ce qu’elle trouve ou pas.
Elle dit le parcours. Le parcours comme regard,
comme initiative, déplacement.
Il y a eu déplacement.
Rien ne reviendra comme avant, à cause de cela précisément,
à cause du déplacement... |
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Les mains en terre dans les mots du vivant
elles touchent la souffrance
sur toute la surface écrite de la souffrance.
Nos vies sont ramenées à leur seuil.
Nos regards aveugles
perdent l’appui des choses en eux.
L’histoire s’engouffre...
Le reflet du sang dans les branches des saules
touche l’eau.
Nous sommes dans l’image !
Et si elle se sait encore dans l’âme humaine
la pensée vivante,
elle ressemble plus à un animal qui meurt
qu’à un homme d’aujourd’hui.
Les deux regards celui de l’homme,
celui de l’animal quand se croisent-ils ?
Notre fuite est dans l’immobilité de notre regard. |
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Écoute...
La poésie n’est pas dévoilement du mystère
elle lui rend justice. (1)
Mémoire vive :
l’eau à portée du verbe et les lèvres humides
Se souvenir c’est reconnaître. |
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Natanaële Chatelain.
À Paris, août 2008. |
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| (1) Je reprends ici une phrase de W. Benjamin qui dit cela à propos de la vérité. |
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